Eric Guimbeau siége aujourd’hui en indépendant aprés avoir tourné le dos au PMSD qui est désormais l’allié du parti de Xavier Duval. Le député explique ses décisions, ses désillusions et surtout revient sur les principes auxquels il veut à tout prix rester fidéle. Amer, il déplore que les campagnes communales soient « si faciles »

« C’était un réglement de comptes entre Bérenger et Allet et c’est moi qui y ai laissé des plumes ! Je n’ai plus rien aujourd’hui. » Eric Guimbeau ne cache pas son désarroi aprés la fusion du Parti mauricien social démocrate- Parti mauricien Xavier Duval ( PMSD- PMXD) où il n’a plus sa place. Mais tout ce qui lui arrive ne serait- il pas un peu de sa faute ? « Pourquoi ? Parce que je n’ai pas voulu rejoindre la grande famille bleue ? » ironise- t- il.

Avant de confier qu’il n’a jamais « adressé la parole à Xavier Duval. » Devant notre étonnement, Eric Guimbeau s’explique : « Pendant quatre ans que j’étais avec Maurice Allet, tout ce que j’ai entendu de mon ex- leader était que Xavier était une personne horrible qui n’avait que des défauts. Et puis subitement, on veut que je participe à la réunification de la famille bleue ? » Le député affirme que même pendant que le PMSD était allié à l’Alliance sociale, « je n’ai jamais eu de conversation avec Xavier Duval. Quand on se croisait, on ne faisait que se dire bonjour » . Serait- ce une raison pour ne pas rejoindre les bleus ? Aprés tout, Eric Guimbeau n’a pas été le symbole de la constance non plus durant sa carriére politique ! Il est candidat municipal en 1996 à Curepipe sous la banniére de l’alliance PTr- MMM, puis il est candidat du MMM en 2000.

Guimbeau démissionnera du MMM en 2005 aprés avoir été élu sous la banniére mauve. Il rejoindra le PMSD de Maurice Allet mais restera dans l’opposition jusqu’à ce que ce dernier décide de rejoindre l’Alliance sociale.

Eric Guimbeau suit son leader mais les choses ne se passeront pas bien. A tel point d’ailleurs qu’il a refusé de rejoindre Maurice Allet une nouvelle fois dans sa deuxiéme aventure avec l’Alliance Sociale.

« Le jour où Ramgoolam a dit à la télévision que ‘ Guimbeau pa mo bondie’- aprés que j’eus dénoncé son discours de ‘ nou bann’, je me suis dit que je ne travaillerai plus avec lui » . Eric Guimbeau s’est effectivement distingué en accusant publiquement et réguliérement certains membres l’Alliance sociale, de communalisme.

« Oui, je l’ai dit et j’avais raison » , maintient- il. Sauf qu’en raison de ses prises de positions, Guimbeau est lui aussi perçu comme un communaliste : ses combats les plus mémorables n’ont- ils pas été la réforme de l’industrie sucriére et la taxe sur les campements ? « Non, ce n’étaient pas mes seuls combats. Si vous allez voir dans le Hansard, j’en ai mené d’autres. C’est la presse qui a choisi

de ne répercuter que ceux- là . » En ce qui concerne l’affaire des campements, Guimbeau affirme que son combat a été « pour que tout le monde paie pareil. Si au lieu d’un campement, je construis un bloc d’appartements, je ne suis pas éligible pour la taxe alors que je me fais plein d’argent mais vous qui avez un campement, il vous faut payer.

C’était là le sens de mon combat.

Je vous ferai remarquer qu’il n’y a pas que des blancs qui ont des campements pieds dans l’eau » . Selon Eric Guimbeau, à chaque fois qu’il a eu ces prises de position, « on a coupé court au débat en faisant croire que ma prise de position était dû au fait que je ne défendais que les intérêts d’une seule communauté . » Il insiste sur le fait que « les campagnes communales sont faciles parce que quand on s’attaque à un petit groupe, on s’attire la sympathie des autres » . Guimbeau ajoute que le différend qui a mené à sa démission du MMM, était aussi communal. « Mon ancien colistier Sunil Dowarkasing qui voulait être élu en tête de lice avait mené une campagne communale contre moi » . Aujourd’hui, dit- il, il est « dégoûté de la politique » . Une politique qui selon Guimbeau, se résume ici, à changer de partenaires comme on change de chemise, à se bagarrer pour avoir des « bout » et s’attaquer à des gens sur la base de leur appartenance ethnique.

« Il n’y a pas de places pour les principes. » Eric Guimbeau est l’un des rares membres de la communauté blanche à Maurice à faire de la politique. « On a exclu les blancs de la politique » , dit- il.

Ne se seraient- ils pas exclus eux- mêmes ? « Mais voyez ce qui se passe quand ils essaient de faire de la politique ! On s’attaque à eux à cause du passé ! J e ne conçois pas qu’on fasse de la politique sur le communalisme comme le fait l’Alliance sociale ! » Pourtant il a bien fait partie de cette alliance il n’y a pas si longtemps. « Oui parce que j’ai rencontré Navin Ramgoolam et vous savez à quel point il peut être charmeur. Me bizin rent dan lakaz enn dimounn pou kone ki li ete vremen » . Donc la « case » de Ramgoolam n’est pas bonne, celle de Xavier Duval et de Maurice Allet non plus. La case de Paul, peut- être ? « Je ne sais vraiment pas; on m’a utilisé, humilié et lâché. Et aujourd’hui, tout le monde rit à part moi » .

Aujourd’hui, Eric Guimbeau se dit « dégoûté de la politique » . Une politique qui selon lui, se résume ici, à changer de partenaires comme on change de chemise.

Express du samedi 5/09/09