Le leader des Mauves met une croix sur une alliance avec les Rouges. Il l’a dit, samedi 20 janvier, en conférence de presse.

Navin Ramgoolam ne passera pas d’alliance au doigt de Paul Bérenger. Ou, plutôt, le PTr et le MMM n’iront pas ensemble lors des élections générales prévues cette année ! En août, suppute le leader de l’opposition. C’est, du moins, ce qu’a annoncé celui-ci lors d’une conférence de presse, le samedi 20 mars.

Après consultation avec son bureau politique et son comité central, le chef de l’opposition, entouré d’Ashock Jugnauth et d’Éric Guimbeau, entre autres, a décidé de ne plus donner suite aux tractations d’alliance entre les Rouges et les Mauves : «Nous y avons mis un point final. Il n’y a pas de possibilité de retour en arrière.» Il s’est expliqué sur cette décision.

C’est ce que tout le monde sentait depuis l’ultimatum qu’il avait lancé au chef du gouvernement. Navin Ramgoolam avait jusqu’à vendredi 19 mars pour officialiser l’alliance entre les deux partis. Le leader des Rouges ne l’a pas fait. Les rencontres secrètes, les coups de téléphone discrets et les médiateurs assidus n’auront servi à rien. La rupture a bien eu lieu entre le couple politique : plus imaginé que réel. Et cela même si Paul Bérenger affirme que le Premier ministre l’aurait appelé le jeudi 18 mars : «Il m’a dit qu’il avait besoin de plus de temps.» Pourquoi ? Pour s’allier à qui ? Au MSM, peut-être : «Cela prouverait bien qu’il n’est pas aussi fort que ça. En tout cas, moi, je ne serai pas pris par surprise.»

Mais ce ne serait pas la seule raison de l’arrêt des mamours entre les deux partis. Pour Paul Bérenger, il y avait, avant tout, un «problème de confiance» : «C’est difficile d’oublier ce qui s’est passé en 95-97. Nous avions décidé de construire une île Maurice meilleure mais rien n’a été fait. De plus, l’attitude de Navin Ramgoolam me donnait l’impression qu’il n’était pas forcément sérieux.»

Business as usual

Le leader du MMM avait été révoqué du gouvernement le 20 mars 1997 au motif qu’il voulait faire croire, selon Navin Ramgoolam, qu’il bouclait les dossiers plus vite que le titulaire du poste quand il assurait la suppléance. En travaillant les dimanches par exemple et en médiatisant ce «more business as usual». Pourquoi ? Comment ? Le leader des Mauves a donné sa version.

Selon lui, tout au long des discussions, il a insisté sur des points essentiels, non négociables : «Je l’ai toujours dit. Je ne suis pas d’accord avec la façon dont l’Alliance sociale dirige le pays. Mais, je voulais construire, avec eux, une île Maurice meilleure. Un pays où les habitants seraient unis. Une île propre qui déclare la guerre au le trafic de drogue (…) J’étais, également, pour un gouvernement où le PMSD de Rama Valayden, Richard Duval et Jacques Panglose n’aurait pas sa place.»

Néanmoins, même si Paul Bérenger dit avoir reçu des «signaux positifs» de la part de Navin Ramgoolam – «l’arrestation de Sada Curpen» – il y aurait eu, majoritairement, des «signaux négatifs» : «Il y avait le manque de réaction de sa part alors que le PMSD critiquait hystériquement le MMM.» Une page tournée. Et vite tournée. Le leader des Mauves dit, désormais, être dans une «fighting mood formidable» avec ses partisans : «Nous regardons de l’avant. Il y a la rentrée parlementaire prévue pour le mardi 23 mars où nous allons faire notre travail d’opposition, le 1er Mai et les législatives.»

Quelques heures avant le point de presse du leader des Mauves, c’est le PTr qui se livrait à cet exercice. Et Deva Virahsawmy, le secrétaire général déclarait : «Tout à l’heure, Paul Bérenger viendra dire qu’il n’a pas réussi à contracter une alliance à cause de Ramgoolam, du Subutex et du Law and order (…) Nous ne parlons d’alliance avec personne. On ne discute de rien. Pour le Premier ministre, la priorité c’est de travailler pour le pays.»

Et d’être convoité ! Navin Ramgoolam est, après tout, celui qui prendra, au final, la décision de contracter une alliance ou pas. Le PMSD le sait. Le MSM aussi. C’est pour cela que les deux partis militent, dans l’ombre, pour une alliance bleu-blanc-rouge… Une façon de s’assurer un avenir aux côtés du chef du gouvernement. Pour le meilleur et pour le pire.

Source: Cinq Plus du dimanche 21 mars 2010