Entretien dans le star du 6 septembre 2009/09
Entretiens September 6th, 2009Eric Guimbeau: « Maurice Allet s’est servi de moi »
« Mo na pas rodère boute, moi ! »
C’est un homme désabusé et déçu que nous avons rencontré vendredi après-midi. Eric Guimbeau nous donne les raisons de son départ du PMSD. Très à chevaux sur ses principes, le député de Curepipe/Midlands dira que Maurice Allet s’est servi de lui dans sa stratégie de rupture.
Eric Guimbeau, feeling good, feeling bad?
Mo feel correct. Mais je suis profondément déçu de ce qui est arrivé. Je n’ai pas d’amertume mais je réalise qu’on s’est servi de moi quelque part. On tourne la page. Le PMSD est chose du passé.
Finalement, c’est vous qui vous retrouvez en dehors de cette grande famille bleue ?
Je suis victime, si vous voulez, d’un règlement des comptes entre Paul Bérenger et Maurice Allet. J’ai démissionné du PMSD sur une question de principes. Il aurait été difficile pour moi de me retrouver au sein de l’Alliance sociale. J’ai fini par subir les conséquences, voire des dommages collatéraux. Quelqu’un qui vit de ses principes ne serait pas à l’aise dans cette alliance.
Partant d’un retrait volontaire, le mettrez-vous sur le compte d’un coup de tête spontané ou après mûre réflexion
Je n’ai pas apprécié la façon dont Maurice Allet a procédé. Tout s’est fait à la va-vite, sans consultations au préalable avec le Bureau Politique du parti ou avec moi en tant que leader-adjoint du PMSD. Il a tout décidé du jour au lendemain et nous a mis devant un fait accompli. Je ne savais pas quel serait mon rôle ou si on allait travailler sur un programme bien défini. On ne peut pas décider de l’avenir d’un parti comme le PMSD en quelques heures. Je ne peux accepter l’idée que Maurice Allet, qui prenait l’habitude d’insulter quotidiennement Xavier Duval, vienne me dire ensuite que c’est «ène mari dimoune, ça». Moi je ne fonctionne pas comme ça. «Mo pas rodère boute ou titre».
Serait-ce une question d’adaptation ?
Je n’ai jamais eu de problème avec l’Alliance sociale. J’aurais été mal à l’aise d’y retourner. Je peux vous retourner la question : quel aurait été mon choix, entre le MMM et l’Alliance sociale ? Ni l’un ni l’autre. Je suis écœuré par la tournure qu’ont prise les événements. Je prends du recul.
… Pour mieux sauter ?
Non. Ce n’est pas mon objectif. Pour le moment je préfère rester loin de la chose politique. Après mûre réflexion, je déciderai sur mon orientation future.
Vous prenez un congé sabbatique ?
Non. C’est un break. En attendant, étant très attaché à ma circonscription et à mes mandants, je préfère leur consacrer plus de mon temps.
En vous préférant à Maurice Allet, ne pensez-vous pas que Bérenger l’a effectivement humilié ?
Oui. Maurice s’est senti humilié, surtout quand son nom ne figurait nulle part dans les journaux comme candidat probable. Mais on pouvait réparer.
Comment ?
Blessé dans son orgueil, Maurice Allet s’est tourné vers Xavier Duval alors qu’il aurait été logiquement mieux s’il était allé voir Bérenger. Sans raison apparente, il enchaîne les rencontres avec le père Grégoire et Navin Ramgoolam. Tout cela derrière mon dos. De plus, Maurice n’a même pas consulté son bureau politique. Nous n’étions même pas au courant qu’il allait déjeuner en tête-à-tête avec Xavier. C’est cette façon cavalière qui m’a le plus dégoûté, qui me pousse à croire que les politiciens ne pensent qu’à se servir avant toute chose.
Quel sens donneriez-vous à cette réunification ?
Je dirai que c’est une très bonne décision. Cela devrait arriver tôt ou tard. Mais le flou persiste quant aux conditions. Kot pé allé ? Sur quelle base les discussions ont été entamées ? C’est pourquoi je suis parti. Je suis trop indépendant pour m’associer à une démarche dont je ne connais ni les tenants ni les aboutissants. Si je l’avais fait, je me serais interrogé sur ma crédibilité, sur ma dignité.
La réconciliation s’est faite avec les bénédictions du père Grégoire.
J’ai beaucoup de respect pour le père Grégoire, comme j’en ai pour tous les prêtres de toutes les religions. Cela a été maladroit de sa part de se mêler de la politique. Pour moi, un prêtre devrait s’occuper davantage du bien-être de ses paroissiens.
Pensez-vous que le nouveau PMSD apportera un plus à la communauté créole ?
Je crains que les créoles ne se referment dans un ghetto. Reste à savoir si, sur le plan politique, le parti arrivera à toucher un pourcentage honorable de l’électorat, toutes communautés confondues. Le PMSD ne doit pas être un parti pour les créoles. A Maurice, il est plus facile d’entrer dans le jeu communal. Il est plus que temps d’y mettre un terme. J’ai confiance dans une île Maurice de demain où chacun pensera et agira en tant que Mauricien.
C’est de l’utopie, Eric Guimbeau ?
Si vous voulez, mais j’y crois et je garde espoir. Mais l’exemple doit venir d’en haut. Il ne faut pas nourrir des divisions en parlant de noubanisme et en diabolisant les autres communautés. Vous savez pourquoi j’ai quitté l’Alliance sociale ? Navin Ramgoolam ne ratait jamais une occasion de taper sur les blancs de ce pays en faisant du White bashing, donnant l’impression que les blancs n’ont rien fait pour contribuer au développement et au progrès de ce pays. En tant que PM, au lieu d’agir comme «ène papa dan ène lacaze», Ramgoolam créait la division. Comment est-ce que je peux m’associer avec ces gens-là. Je ne cesserai jamais de dénoncer de tels écarts de langage ou d’action. Je suis inquiet. Parce que le cheval de bataille de l’Alliance sociale pour les prochaines élections ne sera ni plus ni moins que le communalisme et le White-bashing. Je ne suis pas de ces chats qui «boire dilé so plusieurs fois».
Et cette proposition indécente du MMM ?
C’est faux. C’est Maurice Allet qui aurait parlé un peu trop. Le MMM ne m’a jamais débauché. Allet s’est servi de moi. J’aurais pu y retourner car j’appartenais à ce parti à une époque. Je vous répète que je ne me jetterai dans les bras d’aucun parti politique. Quand j’ai quitté le MMM c’était sur une question de principes. Un collègue du MSM avait mené une campagne infecte contre ma personne. Mon ex-leader Paul Bérenger l’avait cru. J’ai payé les conséquences et j’ai préféré prendre mes distances du MMM.
Et aujourd’hui vous quittez le PMSD.
J’en suis triste. Car j’ai servi ce parti avec honneur. Eric Guimbeau ne ravale pas son amour-propre et sa dignité.
Vous pourriez vous présenter aux élections en indépendant ?
J’en déciderai après mûre réflexion. On verra après.
Un retour possible au MMM ?
Pa conné. God knows. Si je devrais protéger mes intérêts personnels, trop facile pour le faire. Le problème est que je ne garde pas ma langue dans ma poche. Je chéris trop ma liberté. J’aime dire les choses comme elles sont. Ce n’est pas mon style de tomber dans la bassesse. Je n’aime pas qu’on me fasse payer les erreurs des autres. Que voyons-nous aujourd’hui ? Je suis victime des circonstances que d’autres ont voulu pour des raisons inavouables.
Un dernier regard sur votre décision ?
Cela me chagrine d’avoir pris la décision de claquer la porte au PMSD. Avais-je le choix ? Ce qui est encore plus chagrinant c’est la mauvaise image que cette saga a projetée parmi les jeunes. Toutefois, je place mon amitié au-dessus de toutes les autres considérations. Ceci dit, les coups bas et l’hypocrisie continueront à être l’apanage des politiciens.

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